Le moment interview


Le moment interview

Avec Clarisse Scuiller & Marie-Yolaine Voirin

Animateurs autant qu’enseignants, les formateurs de l’ESMP puisent au quotidien dans leurs expériences professionnelles pour construire des séances aussi immersives que possible. Exit les cours magistraux et autres monologues soporifiques. L’heure est plus que jamais à la pédagogie expérientielle. Interview croisée avec Marie-Yolaine Voirin, formatrice en Anglais et Clarisse Scuiller, juriste de formation et formatrice salariée à l’ESMP.

Dans vos cours, science et bienveillance sont sur un pied d’égalité ?

Marie-Yolaine Voirin : L’Anglais est une matière qui peut faire très peur, notamment au moment de prendre la parole. La bienveillance est un outil essentiel pour permettre aux élèves d’avoir confiance en eux et de venir à l’apprentissage avec un maximum de plaisir. Je ne les coupe pas lorsqu’ils parlent, j’essaye d’avoir un maximum de douceur lorsqu’ils se trompent et je fais le point avec eux à l’issue de leurs interventions. Cette atmosphère permet bien des choses. À terme, ils deviennent eux-mêmes animateurs du cours, prenant en compte l’ensemble du groupe lors de leurs prises de parole.

Lors de vos études, avez-vous pu voir les limites de l’apprentissage conventionnel ?

Clarisse Scuiller :J’ai fait mes études à la FAC et nous étions des centaines dans un amphithéâtre au centre duquel un professeur débitait son cours, debout sur une estrade. Il n’y a que certains bons enseignants qui nous racontaient leurs expériences et ils avaient, pour la plupart, des activités de terrain en parallèle. Avec internet et les IA, la connaissance est accessible à tous et c’est la façon d’impliquer les élèves qui fait la vraie valeur-ajoutée d’un formateur.  À l’époque, nous étions complètement décalés et si c’était à refaire, jamais je ne referais les mêmes études. Aujourd’hui, on forme plus que l’on enseigne est c’est une très bonne chose.

La remise en question est au cœur de la pédagogie, comment l’appliquez-vous ?

M-Y.V : Je cherche systématiquement à faire évoluer mes cours, même d’une séance à l’autre. Je suis plutôt en quête de savoir comment transmettre plutôt que quoi transmettre. J’utilise différents outils et différents supports pour booster la motivation. Des quizz, des vidéos, des jeux de rôles… Avec des créneaux de 3h de cours, on ne peut pas se permettre de faire quelque chose de plat. Bien entendu, j’ai une trame de cours mais il m’arrive de l’adapter au fur et à mesure de la séance. S’ils sont plus passifs pendant quelques minutes, je vais organiser une activité que j’aurais peut-être prévu plus tard afin de redynamiser le groupe. La remise en question, c’est à chaque instant.

Selon vous, pourquoi est-il important de garder un pied dans le métier ?

C.S. : J’ai la chance d’exercer une activité indépendante en parallèle de la formation, ce qui n’était pas le cas au début de mes interventions. que lorsqu’on en a besoin. En me tenant informée, je pourrais donner les grands principes d’une réforme à mes élèves, mais pas les renseigner sur son impact réel. À l’inverse, le fait de pratiquer permet d’apporter des exemples concrets et un retour sur expérience réel.

Et que se passe-t-il après le diplôme ?

C.M. : Nous ajoutons les jeunes diplômés à un groupe Linkedin sur lequel nous diffusons les annonces d’emplois de nos entreprises partenaires. Au fil des années, nous avons réuni tous les diplômés de l’ESMP sur cet outil, ce qui leur permet de sonder le marché de l’emploi, même dix ans après nous avoir quitté. Pour les entreprises, c’est aussi la chance d’avoir un vivier de potentiels collaborateurs qui proviennent de formations qu’ils connaissent.

Vos cours sont-ils adaptés au milieu professionnel visé par les étudiants ?

M-Y.V. :  Mes cours d’Anglais sont vraiment tournés vers la spécialité des étudiants. De cette façon, la langue devient une matière transversale, on vient piocher dans des situations vécues en entreprise ainsi que dans les autres cours. Ayant travaillé en entreprise, je suis à même de leur dire en quelle mesure ils auront besoin de l’Anglais pour avancer dans leur carrière. Ils en ont pleinement conscience et sont bien plus demandeurs car les cours sont faits pour eux.

La pédagogie que vous pratiquez pousse à l’échange entre élèves. Comment cela se traduit-il ?

C.S. : Sur les groupes les plus dynamiques, il arrive régulièrement qu’il y ai des interactions réelles entre apprenants, avec des échanges d’expériences. Je me positionne beaucoup dans le questionnement pour savoir comment ils vivent la chose, s’ils ont rencontré un cas correspondant à ce que l’on aborde dans le cours. Il y a des débats entre eux, la dynamisation de l’échange est au cœur de tout pour intéresser l’ensemble du groupe et les tenir en éveil.

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